L’innovation

Il arrive régulièrement que les investisseurs, incubateurs et autres interlocuteurs avec qui nous discutons nous posent la question suivante : « En quoi êtes-vous innovants ? »

Il s’agit d’ailleurs la plupart du temps d’une question décisive qui déterminera si oui ou non nos relations continueront, comme si l’innovation, quoi que cela veuille dire d’ailleurs, était une condition sine qua non à la réussite ou même simplement à l’intérêt d’une startup. Laissez-moi vous expliquer mon désaccord.

Une startup doit-elle être innovante ?

Qu’est-ce qu’une startup ?

Tout d’abord, mettons-nous d’accord sur ce qu’est une startup. J’utilise personnellement la définition qui semble être la plus utilisée, qui est la définition (ici traduite) de l’entrepreneur américain Steve Blank :

« Une startup est une organisation temporaire à la recherche d’un business model scalable, répétable et profitable. »

Nous n’allons pas entrer dans les détails mais cela veut dire en quelques mots* (je l’explique ici pour les lecteurs non habitués du domaine) :

  • Temporaire : Une startup a pour ambition de ne plus en être une un jour.
  • A la recherche d’un business model : Une startup est en recherche constante, empirique et itérative de son business model, rien n’est ancré dans le marbre et son modèle économique peut changer du tout au tout en très peu de temps si le nouveau paraît plus pertinent.
  • Scalable : La multiplication du nombre de clients ou utilisateurs doit représenter une augmentation des charges faible voire nulle, cette capacité est quasi toujours due à l’aspect numérique des solutions, il est très « simple » de multiplier les serveurs utilisés si l’infrastructure est bien gérée. Ex : un boulanger n’est pas scalable car pour faire deux fois plus de pain il faut deux fois plus de boulangers. Blablacar est scalable car si le nombre d’utilisateurs est multiplié par deux, il n’y a pas besoin de deux fois plus de salariés, seulement quelques serveurs de plus et un ou deux salariés pour s’en occuper.
  • Répétable : Le business model doit pouvoir être appliqué à différents segments de marché ou zones géographiques sans modification majeure.
  • Profitable : Le business model doit être profitable, et donc les unités économiques de la startup doivent être profitables.

Une startup est ainsi une entreprise qui a le potentiel de remplir tous ces points, et donc d’embrasser une croissance de magnitude élevée. La croissance étant probablement le point d’évaluation le plus important d’une startup.

A quoi sert l’innovation ?

Lorsque l’on crée une startup, on n’a pas pour objectif d’innover pour innover. Notre objectif est d’offrir une solution à un problème avec le plus haut niveau de qualité et de service possible*, en ayant l’ambition de conquérir le monde et la croyance que cela est possible. S’il est impossible d’atteindre ces objectifs par des voies conventionnelles alors il faut innover, qu’il s’agisse de surmonter une difficulté technique, juridique, technologique, organisationnel, logistique, de créer un besoin ou bien de répondre différemment à un besoin existant.

Les grandes startups sont-elles innovantes ?

Alors pourquoi autant se concentrer sur l’aspect innovant d’une startup ? Parce que, je pense, l’innovation est sexy, elle met des étoiles dans les yeux, c’est d’elle dont on parle en premier, et elle donne l’illusion que le projet est plus viable ou a plus de chances de fonctionner. Je ne pense pas que cela soit particulièrement vrai. En effet beaucoup de très grandes startups ont un aspect innovant quelque part, mais rares sont celles à être « révolutionnaires », quel que soit le domaine, et surtout rares sont celles à avoir été innovantes dès leurs débuts, dès leur idéation ou leurs premières ébauches.

Prenons un exemple : ManoMano est-elle une startup innovante ? Elle est définitivement une startup, et d’ailleurs parmi la liste très restreinte de nos belles licornes françaises, cependant est-elle innovante ? A première vue pas tellement, sa proposition est une place de marché de matériel de bricolage et jardinage. On a déjà vu des places de marché, on a déjà vu des sites de vente de matériel de bricolage et jardinage, un grand nombre même. Cependant le regroupement de ces deux facettes mais surtout sa très forte capacité à croître, à scaler et à répéter son modèle en fait une startup exemplaire.

Quelques autres exemples rapides de nos licornes : Deezer a-t-elle apporté quelque chose de nouveau face à Spotify lors de ses premières années ? OVH est-elle innovante vis-à-vis de ses prédécesseurs ou même contemporains (OVH est-elle d’ailleurs toujours une startup ?). Veepee a-t-elle changé la manière de faire de la vente évènementielle en ligne ?

Que l’on s’entende, j’ai le plus grand respect pour ces belles sociétés qui ont su fédérer utilisateurs et investisseurs, mon objectif est simplement d’illustrer mon propos : l’innovation n’est ni suffisante ni nécessaire pour construire de belles startups. C’est un bel outil, sexy, qui fait parler et qui peut être formidablement puissant, mais c’est un outil difficile à manier, car il est facile de perdre beaucoup de temps et d’argent à développer des solutions innovantes mais qui n’intéressent personne, nombre de startups s’y sont cassé les dents.

Active est-elle une société innovante ?

Après tout cela, sommes-nous innovants chez Active ?

Nous pensons avec force et vigueur apporter une solution innovante à nos utilisateurs car nous proposons une nouvelle manière de voir les activités du quotidien, nous sommes votre lien social avec ceux qui partagent vos passions, dans la vraie vie.

Mais cela n’est même pas si important. L’important c’est que nous proposions un service utile, et que nous pensons avoir trouvé un modèle économique scalable (nos technologies sont d’ores et déjà prêtes à scaler au centuple en quelques heures s’il le faut), répétable (car aucun obstacle majeur ne semble nous empêcher de nous déployer dans la majorité des pays d’occident), et profitable.

Bien sûr que ce modèle évoluera, bien sûr qu’il n’est pas parfait, aucun ne l’est et certainement pas dans ses premières ébauches, mais nous l’améliorons chaque jour, et chaque jour il devient plus réel, plus concret et, à terme, fera de nous une société de grande valeur, nous en sommes convaincus.

*Inspiré de l’excellent « Le livre de la Jungle » par Younès Rharbaoui et Annabelle Bignon (chapitre 1)

Antoine Artillan

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